Système de Londres : le plan, les adaptations et les pièges
Un fou qui sort tôt, une pyramide de pions, et presque les mêmes coups à chaque partie. Voici le plan du Système de Londres, les réponses noires qui t'obligent à le modifier, et les pièges qui reviennent sans cesse.

On présente souvent le Système de Londres comme l'ouverture de ceux qui ne veulent rien apprendre : tu poses tes pièces sur les mêmes cases, quoi que fasse l'adversaire, et tu attends le milieu de partie. C'est à moitié vrai, et c'est la moitié fausse qui fait perdre des parties.
Le schéma change peu, c'est exact. Mais il existe une poignée de réponses noires contre lesquelles le jouer en pilote automatique coûte un pion, une pièce, ou la partie entière. Savoir reconnaître ces moments demande beaucoup moins de théorie qu'une ouverture classique. Encore faut-il les connaître. C'est l'objet de cet article.
Qu'est-ce que le Système de Londres ?
C'est un système plutôt qu'une variante : on ne mémorise pas un arbre de coups, on installe une structure. Sa force est là. Tu retrouves les mêmes positions d'une partie à l'autre, tu finis par en connaître les plans par cœur, et tu passes peu de temps à la pendule dans les dix premiers coups.
L'ordre des coups a pourtant une importance, et elle tient à un détail : si tu joues e3 avant Ff4, ton fou c1 n'a plus que la case d2. Tout le système repose sur ce coup de fou joué au bon moment.
Le plan pas à pas : monter la pyramide
Voici la ligne principale du cours, celle que tu rencontreras le plus souvent quand les Noirs répondent par …d5 et …Cf6 : 1.d4 d5 2.Ff4 Cf6 3.e3 e6 4.Cf3 c5 5.c3 Cc6 6.Cbd2 Fd6 7.Fg3 O-O 8.Fd3 Te8 9.Ce5 Dc7 10.f4. Chaque coup blanc a une raison simple :
- 1.d4 prend le centre et libère la diagonale du fou c1.
- 2.Ff4 sort ce fou tout de suite, sur une diagonale qui vise b8 et c7.
- 3.e3 soutient d4 et ouvre la route du fou f1, maintenant que le fou c1 est dehors.
- 4.Cf3 se développe et surveille e5, la case que les Noirs voudraient pousser.
- 5.c3 répond à …c5, qui attaque d4. Les pions b2, c3, d4, e3 et f2 se tiennent les uns les autres : c'est la pyramide.
- 6.Cbd2 : le cavalier ne peut plus aller en c3, occupée par ton pion. De d2, il appuiera une poussée e4 plus tard.
- 7.Fg3 : quand …Fd6 propose l'échange, tu recules. Si les Noirs prennent quand même, tu reprends hxg3 et ta tour h1 reçoit une colonne entrouverte.
- 8.Fd3 : ton dernier fou se place face au roque noir, sur la diagonale de h7.
- 9.Ce5 occupe la case que …Te8 préparait à libérer par …e5.
- 10.f4 soutient ce cavalier, attaqué deux fois par le Cc6 et le Fd6. Avec c3, d4 et e3, tes pions forment un mur qui rappelle le Stonewall.
La suite logique est le petit roque, puis l'arrivée des pièces lourdes vers l'aile roi : la dame par e2, la tour par f1 puis f3.
Trois réactions noires dans la même structure
- Si les Noirs jouent 8…b6 pour sortir leur fou en b7, tu as fini ton développement : 9.e4 ouvre le centre, soutenu par le cavalier d2 et le fou d3.
- Si les Noirs poussent 6…c4, la chaîne avance et la case d3 est désormais tenue par ce pion. Frappe sa pointe avec 7.b3, et après 7…b5, développe ton fou en e2.
- Si les Noirs chassent ton fou par 6…Ch5, réponds 7.Fg5 : il attaque la dame d8, sur une case que protège ton cavalier f3. Après 7…f6 8.Fh4, le pion e6 a perdu un défenseur.
Contre quoi le Système de Londres s'adapte
Le slogan « les mêmes coups contre tout » a quatre exceptions importantes, à connaître avant de jouer le Londres en partie.
Contre …c5 et …Db6 : surveille b2
Ton fou parti en f4 ne défend plus b2. Dès que les Noirs jouent …c5 puis …Db6, la dame et ce pion se regardent. Dans la structure de la pyramide, après 6…Db6, la réponse du cours est 7.Db3 : tu protèges b2 et tu proposes l'échange des dames. Si les Noirs prennent, 7…Dxb3 8.axb3 te donne la colonne a. S'ils chassent ta dame par 7…c4, recule en c2, d'où elle défend encore b2 et regarde h7.
Et si les Noirs ont échangé les fous noirs avant d'attaquer b2, comme dans 6…Fd6 7.Fg3 Fxg3 8.hxg3 Db6, c'est 9.Dc2 qui tient le pion, avec la tour h1 déjà installée sur la colonne h.
Contre le fou libre et la Slave : c4 puis Db3
Quand les Noirs sortent leur fou c8 en f5 avant de jouer …e6, le schéma tranquille ne suffit plus : ils ont sorti leur fou exactement comme toi le tien. Le cours change alors de plan : 1.d4 d5 2.Ff4 Ff5 3.e3 e6 4.c4 Cf6 5.Db3. Le fou f5 a quitté c8, et le pion b7 n'a plus de défenseur. Les Noirs doivent s'en occuper (5…b6, par exemple), et 6.Cc3 ajoute une pièce sur d5.
C'est la même idée contre la structure Slave, avec …c6 : 1.d4 d5 2.Ff4 c6 3.e3 Ff5 4.c4 Cf6 5.Db3, et b7 est encore une fois sans défenseur. Attention à l'ordre des coups : si le fou noir n'arrive en f5 qu'une fois ton cavalier en f3, le cours se contente de proposer l'échange des fous, comme dans 1.d4 d5 2.Ff4 c6 3.e3 Cf6 4.Cf3 Ff5 5.Fd3.
Contre …Cc6 et le clouage en g4
Après e3, la diagonale d1-g4 est ouverte. Un fou noir en g4 attaque ta dame, ou cloue ton cavalier f3 quand il s'est interposé. Contre 1.d4 d5 2.Ff4 Cc6 3.e3 Cf6 4.Cf3 Fg4, pose la question avec 5.h3. Après 5…Fxf3 6.Dxf3, tes pions restent intacts et tu as la paire de fous. Le réflexe à garder : regarde cette diagonale avant chaque coup machinal.
Contre 1…Cf6 et le fianchetto : change de plan
C'est l'exception la plus nette. Contre l'Est-Indienne, avec …g6 et …Fg7, la pyramide donne une position solide mais passive. Le cours te fait jouer autre chose : 1.d4 Cf6 2.Ff4 g6 3.Cc3 Fg7 4.e4 d6 5.Dd2 O-O 6.O-O-O. Les Noirs n'ont pas joué …d5, tu prends donc tout le centre avec e4, ta dame relie ton fou f4 pour préparer Fh6 et l'échange du fou g7, et tu roques du côté opposé. Le plan qui suit : f3, puis h4-h5 pour ouvrir la colonne h.
Si les Noirs roquent trop tôt, sans …d6 (4…O-O), 5.e5 chasse le cavalier f6 du centre. Et s'ils bloquent e4 par 3…d5, reviens au schéma : 4.e3 Fg7 5.Cf3 O-O 6.Cb5, et ton cavalier rejoint le fou f4 contre c7, que seule la dame défend.
| Réponse noire | Ce que tu joues | L'idée |
|---|---|---|
| …d5, …Cf6, …e6 | La pyramide : e3, Cf3, c3, Cbd2, Fd3 | Structure solide, Ce5 et attaque à l'aile roi |
| …c5 et …Db6 | Db3 (ou Dc2) | Protéger b2, proposer l'échange des dames |
| …Ff5 tôt, avant ton Cf3 | c4 puis Db3 | Attaquer b7, que le fou a abandonné |
| …Fg4 | h3 | Chasser le fou, garder la paire de fous |
| …Cf6 et …g6 | Cc3, e4, Dd2, grand roque | Prendre le centre et attaquer le roque |
| 1…c5 | 2.d5, pas 2.Ff4 | Avancer le pion attaqué au lieu de le défendre |
La dernière ligne mérite une explication. Après 1.d4 c5, ton pion d4 n'est défendu que par la dame, et 2.Ff4 ne change rien à ce problème. Le cours avance le pion : 2.d5 e5 3.e4 d6 4.Cc3, et le centre fermé te laisse plus d'espace. Contre 1…e5, le gambit Englund, on prend le pion offert : 2.dxe5.
Les pièges et les victoires rapides à connaître
Quelques positions reviennent sans cesse, avec la même faute de l'un ou de l'autre camp. Les connaître te rapporte des points sans effort.
La dame gourmande en b2
Après 1.d4 d5 2.Ff4 c5 3.e3 Db6, ne défends pas b2. Joue 4.Cc3 : ton cavalier attaque d5, qui n'est plus protégé depuis que la dame a quitté d8. Si les Noirs prennent quand même, 4…Dxb2 5.Cxd5, et tu menaces Cc7+, une fourchette du roi et de la tour a8, avec le fou f4 qui vise aussi c7. Ta tour ira ensuite en b1 chasser la dame. Les Noirs sont déjà en grande difficulté.
Le cavalier trop pressé en b4
Contre le fou libre, les Noirs ont parfois une idée tentante : 1.d4 d5 2.Ff4 Cc6 3.e3 Ff5 4.c4 Cb4. Le cavalier et le fou f5 visent c2, où Cc2+ ferait fourchette sur ton roi et ta tour a1. La parade est un échec : 5.Da4+, qui attaque aussi le cavalier b4. Après 5…Cc6 6.cxd5 Dxd5 7.Cc3 Da5 8.Dxa5 Cxa5 9.Cb5, ton cavalier et ton fou f4 visent c7, et Cxc7+ menace une nouvelle fourchette. Les Noirs vont devoir faire des concessions.
Le gambit Englund : le coup naturel qui perd
Ce piège-là est pour toi. Après 1.d4 e5 2.dxe5 Cc6 3.Cf3 De7 4.Ff4 Db4+ 5.Fd2 Dxb2, la dame noire attaque b1 et a1. Le coup qui semble évident, 6.Fc3, est une faute grave : 6…Fb4 attaque ce fou, et si 7.Dd2, alors 7…Fxc3 8.Dxc3 Dc1#, mat. Le bon coup est 6.Cc3 : le cavalier quitte b1, et ta dame d1 défend maintenant a1. Après 6…Fb4 7.Tb1 Da3 8.Cd5, ton cavalier attaque le fou b4 et menace Cxc7+.
Quand c'est toi qui laisses b2
Contre 1.d4 Cf6 2.Ff4 c5 3.d5 Db6, le cours te fait jouer 4.Cc3 sans défendre b2. Si la dame prend, 4…Dxb2 5.Fd2 protège ton cavalier, ta dame d1 défend la tour a1, et Tb1 chassera la dame avec gain de temps. Tu n'as pas un avantage décisif, mais tu as une avance de développement en échange du pion : ne joue pas ce coup en paniquant à l'idée de perdre b2.
Ce que le Système de Londres ne t'apprend pas
- Les positions ouvertes. Tu joues rarement des parties où toutes les pièces s'activent en dix coups. Le jour où tu tomberas dans une position très tactique, tu auras moins l'habitude du calcul rapide.
- Le jeu après 1.e4. Les structures de pions de la Partie italienne ou de l'espagnole sont différentes. Ce que tu sais du Londres s'y transpose mal.
- L'initiative. Le Londres vise une position saine, pas un avantage net dès l'ouverture. Contre un adversaire qui se défend bien, il faut gagner la partie au milieu de jeu, avec un plan et du calcul.
- Le réflexe de réfléchir. Comme tu installes souvent les mêmes coups, tu risques de jouer vite là où il fallait réfléchir. Les quatre exceptions décrites plus haut sont précisément ces moments.
La parade n'est pas de changer d'ouverture : c'est de compléter ton entraînement. Résous des puzzles chaque jour, et analyse tes parties pour voir où ton plan a calé. Notre méthode pour analyser ses parties d'échecs t'explique comment faire. Si tu hésites encore entre le Londres et une autre ouverture, compare-les dans meilleure ouverture pour débutant.
Comment Rochess t'apprend le Système de Londres
Le cours Système de Londres fait partie du catalogue des cours d'ouvertures. Ses lignes ont été choisies sur ce que jouent vraiment les joueurs de club, entre 1200 et 1800 d'Elo : les réponses noires que tu croiseras, pas celles des tournois de grands maîtres.

Le cours commence par une introduction qui pose le système : le fou qui sort en f4, la pyramide, le coup à retenir contre …Fd6, et les deux dangers (le pion b2 et la diagonale de ta dame). Il suit ensuite six chapitres : la pyramide, le fou libre et la Slave, les réponses …Cc6 et …c5, la défense 1…Cf6, les autres premiers coups noirs, et les victoires gratuites. Chaque ligne porte une étiquette : ligne principale, déviation, piège à éviter ou victoire gratuite.
Chaque ligne se travaille en trois modes. En Apprendre, le coach t'explique chaque coup dans une bulle, avec des flèches et des cases colorées sur l'échiquier. En Valider, tu la rejoues de mémoire. Puis Réviser te la redonne à J+1, J+3, J+7 et J+21, pour qu'elle tienne dans le temps. En gratuit, l'introduction et les six premières lignes du cours sont ouvertes : la ligne principale de la pyramide et celles qui la prolongent. Le reste du cours s'ouvre avec Premium.
Une ouverture se retient aussi en la jouant. Dans l'entraînement, tu choisis le niveau d'un bot et ton camp, puis tu lances la partie : prends les Blancs et monte ta pyramide contre lui. Un formateur commente la partie pendant que tu joues.

Pour tes parties en ligne, l'analyse de partie importe tes parties Chess.com ou Lichess (ou un PGN), classe chacun de tes coups et te montre à quel moment tu as quitté ta ligne. Elle est gratuite et ne demande pas de compte.
Ce que tu peux en attendre
Le Système de Londres ne te fera pas gagner tes parties dans l'ouverture. Ce qu'il te donne est plus utile au quotidien : une position saine contre presque tout, un temps de réflexion préservé, et un plan que tu connais avant même que la partie commence. Ajoute-y les quatre exceptions et les pièges de cet article, et tu as un répertoire Blancs complet pour longtemps.
Avec les Noirs, la même philosophie se retrouve dans la défense Caro-Kann : un pion d5 solide et un fou qui sort avant que la chaîne ne l'enferme. Les deux ouvertures se complètent bien.
Questions fréquentes
Le Système de Londres est-il une bonne ouverture pour un débutant ?
Oui, si tu veux un plan qui change peu d'une partie à l'autre et peu de théorie à retenir. Il respecte les principes (centre, développement, roque), et tu retrouves vite des positions familières. Sa limite : il t'expose moins aux positions ouvertes, qu'il faudra travailler par la tactique.
Pourquoi jouer Ff4 avant e3 dans le Système de Londres ?
Parce que le pion e3 ferme la diagonale du fou c1. Si tu joues e3 d'abord, ce fou ne peut plus aller qu'en d2 et reste derrière ses pions. En le sortant en f4 au deuxième coup, tu le places sur une diagonale active avant de construire la pyramide.
Que faire contre …Db6 dans le Système de Londres ?
Ton pion b2 n'est plus défendu par le fou. Dans la pyramide, Db3 le protège et propose l'échange des dames ; si le fou f4 a déjà été échangé, Dc2 fait le même travail. Mais après 1.d4 d5 2.Ff4 c5 3.e3 Db6, 4.Cc3 est plus fort : si la dame prend b2, 5.Cxd5 menace une fourchette en c7.
Le Système de Londres est-il trop passif ?
Il l'est quand on le joue sans plan. Avec Ce5 soutenu par f4, le fou d3 tourné vers h7 et les pièces lourdes qui montent à l'aile roi, les Blancs ont une attaque claire. Contre le fianchetto, le cours passe même au grand roque et à la poussée h4-h5.
Peut-on jouer le Système de Londres contre toutes les défenses ?
Presque. Contre 1…c5, le cours avance 2.d5 plutôt que de jouer Ff4, parce que d4 n'est défendu que par la dame. Contre 1…e5, le gambit Englund, on prend le pion. Et contre l'Est-Indienne (…Cf6 et …g6), on prend le centre avec Cc3 et e4 au lieu de monter la pyramide.